Le Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) est l’un des Rites les plus répandus dans le monde. Il appartient à la classe dite d’expression ou encore d’analyse. Outre la pratique des cérémonies, les Frères, selon des modalités bien réglées, sont appelés à analyser le symbolisme de leur Rituel, à en découvrir le sens caché, à faire rédaction de leurs recherches puis présentation de leur travail en Loge. Cette démarche initiatique se fait à la Gloire de Grand Architecte de l’Univers dont l’interprétation est du seul ressort de chacun, sous la présence en Loge des 3 Grandes Lumières.

Nous tenterons ici de résumer son histoire et la spécificité qu’il incarne au sein de la Franc-Maçonnerie traditionnelle.

 Le mot Ecossais est difficile à définir, et il évoque un système concurrent du système anglais, né en Ecosse au XVIème siècle qui est apparu en France dans le milieu des Stuartistes réfugiés à St Germain en Laye, à la fin du 17ème siècle, d’où ont essaimé de nombreuses Loges à Paris, telle le Louis d’Argent, avant l’apparition d’une autre Franc-Maçonnerie d’origine anglaise. Le terme écossais a été relié secondairement au système de Hauts Grades, l’Ecossisme, apparu aux environs de 1740, sans référence géographique.

 Le terme Ancien se rapporte à la Grande Loge des Anciens, fondée par Laurence Dermott, mais après la Grande Loge moderne de Londres. Les rapports très complexes entre Moderns et Ancients rendent difficile toute distinction nette. Cependant, on peut reconnaître aux Ancients une spécificité traditionnelle, éprise de rigueur.

 L’épithète Accepté, se réfère à l’acceptation dans les Loges symboliques, de membres extérieurs au Métier, penseurs, aristocrates ; ce qui a certainement favorisé l’essor des Hauts-Grades de « l’Ecossisme ».

Historiquement, « l’Ecossisme » naît en France dans la deuxième moitié du 18ème siècle, dans une Europe en plein bouleversement politique et social alors que se répand la Franc-Maçonnerie anglaise sur le continent européen, les partisans des Stuart y créant des Loges.

Le Chevalier Ramsay, d’origine écossaise, qui s’installe en France, devient disciple de Fénelon et va donner une impulsion nouvelle à la Franc-Maçonnerie. Dans un discours retentissant prononcé en 1737, il se propose de donner à la Franc-Maçonnerie une dimension universelle, une philosophie et une spiritualité associées à la fraternité, qui transcenderaient les patries pour « réunir les esprits et les coeurs ». Il ouvre alors un nouvel espace spirituel pour une Franc-Maçonnerie spéculative, d’inspiration chevaleresque, autre que celle du Métier, et une règle de réflexion et d’action.

La naissance du Rite de Perfection aux environs de 1740, crée ensuite un Degré supérieur au 3ème Degré, celui de Maître écossais, puis d’autres Degrés liés aux conséquences de la cérémonie du 3ème Degré.

L’Ecossisme reçoit tous les apports de la Tradition immémoriale, et la démarche écossaise propose une véritable progression structurée vers la Connaissance. De nombreux courants initiatiques ont participé à la structure du Rite, et on peut affirmer qu’il a reçu des apports de nombreuses Traditions, notamment :

  • Egyptienne avec son rameau hermétique
  • Grecque, orphique et pythagoricienne
  • Hébraïque, avec sa branche Kabbalistique
  • Chrétienne, avec l’Alchimie
  • Chevaleresque, à travers les influences teutoniques et templières.

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté réalise, en définitive, une rigoureuse « unité-totalité », et se définit comme un Ordre initiatique, traditionnel, maçonnique, chevaleresque, international, et universaliste.

Son but final est, comme le précisent les Grandes Constitutions de 1786, « l’union, le bonheur, le progrès, et le bien-être de la famille humaine, en général, et de chaque homme individuellement ».

L’initié entame une quête spirituelle qui transcende progressivement son individualité, et l’élève au niveau de l’absolu, en réconciliant la matière et l’esprit, vers cette intelligence que l’on désigne comme le Principe, vers ce que l’on peut définir comme « l’état du Saint-Empire », dont le mythe peut être considéré comme le fondement de « l’Ecossisme ».

Quelle que soit la complexité d’une telle approche, ce Mythe implique une certaine idée de la Tradition et du sens de la réalisation spirituelle sur le plan ésotérique, et ne peut être dissocié des réalités historiques.

La méthode écossaise est basée sur une conception traditionnelle de l’homme : Corps, Ame, et Esprit, et sur les voies de réalisation spirituelle correspondantes, voies de connaissance, d’amour et d’action, hiérarchisées mais en fait étroitement mêlées. Elle propose une progression lente et structurée vers la Connaissance en 33 Degrés, qui sont autant d’états à réaliser, pour créer dans l’être un certain degré de plénitude. Nous en parlerons plus loin.

Ces états sont à l’image des voyages décrits par Dante, dans la Divine Comédie, et ils amènent l’initié à des purifications successives, après des étapes de dégradation puis de perfectionnement vers sa source, l’immanence divine reflet de la transcendance. Cette progression passe par un développement harmonieux, et une éthique élargie bien au -delà d’une simple morale. Elle n’est nullement dogmatique, et il appartient à chacun de chercher sa propre vie spirituelle en toute liberté, nul ne pouvant se substituer à l’autre.
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté, placé sous l’égide du Gloire de Grand Architecte de l’Univers, a d’abord pour but de faire comprendre l’ésotérisme des trois premiers Degrés symboliques, qui demeurent des Degrés essentiels, et les Hauts-Grades qui leur succèdent permettent ensuite d’approcher l’ésotérisme des Degrés symboliques de façon progressive, notamment à travers les ouvertures données par la cérémonie du 3ème Degré.

Quant à ses rapports avec le monde profane, l’Ecossisme ne s’autorise pas d’intervention directe dans le monde. Tout le travail en Loge est basé sur un perfectionnement constant de l’initié, et aucune discussion politique, confessionnelle, ou autre n’est autorisée. Ce n’est pas pour autant que le Franc-Maçon écossais doit rechercher une vie érémitique, bien au contraire. Son travail de distanciation d’avec l’événement, lui permet l’éthique et le recul nécessaire avant de s’impliquer personnellement, et peut, en actualisant la voie intérieure, l’aider à devenir un modèle.

Plus de deux cents ans après sa création, le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous confirme aujourd’hui encore sa fonction de gardien de la Tradition, et sa vocation à l’universel.